Т Р Ананко - Актуальні проблеми сучасного перекладознавства - страница 54

Страницы:
1  2  3  4  5  6  7  8  9  10  11  12  13  14  15  16  17  18  19  20  21  22  23  24  25  26  27  28  29  30  31  32  33  34  35  36  37  38  39  40  41  42  43  44  45  46  47  48  49  50  51  52  53  54  55  56  57  58  59  60  61  62  63  64  65  66  67 

L'expose du contenu et l'argumentation des resultats de recherche. La disparition des frontieres en Europe a facilite considerablement es voyages, es echanges, es migrations, provoquant un formidable melange des langues et des cultures. La notion de societe multiculturele est pleinement entree dans la conscience populaire y compris comme donnee educative officielle. Pour preuve, voici le texte d'un manuel d'education civique francais:

"Ton Christ est juif. Ta voiture est japonaise. Ta pizza est italienne et ton couscous algerien. Ta democratie est grecque. Ton cafe est bresilien.Ta montre est suisse.Ta chemise est indienne.Ta radio est coreenne. Tes vacances sont turques, tunisiennes ou marocaines.Tes chiffres sont arabes. Ton ecriture est latine, et... tu reproches a ton voisin d'etre un etranger".

La coexistence harmonieuse et la cohesion sociale entreles ressortissants de pays differents et de cultures diverses exigent la motivation et la volonte de communiquer les uns avec les autres, d'acceder a une veritable conscience multi-culturelle. Elle pousse les gens a acquerir, en plus de leur competence langagiere, la competence interculturelle, qui est l'aptitude a pouvoir communiquer avec des gens d'autres langues/cultures, de percevoir et de comprendre des differences culturelles relatives a la pensee, au ressenti emotionnel, aux actes des autres. Avec cette competence, on devient capable de depasser les differences qui entravent les relations interculturelles, de "creer un nouvel espace culturel d'interaction, avec un nouveau code culturel" [16, р. 21].

L'histoire de la communication interculturelle commence, en 1947, a Pittsburgh, ou a ete organise le Service de formation des diplomates americains a la connaissance des langues et cultures etrangeres. Des ateliers de communica­tion interculturelle sont ensuite crees afin d'assurer une adaptation des etudiants etrangers aux universites americaines. En Europe, les orientations de l'interculturel se sont developpees a partir de l'immigration massive et, plus tard, avec le commencement de la construction europeenne. La communication interculturelle franco-allemande se deploie a partir de la creation dans les annees 1960 de l'Office franco-allemand pour la jeunesse et les echanges transfrontaliers franco-allemands. Cela a beaucoup contribue a la creation d'un nouvel espace culturel d'interaction en Europe [11, р. 43-44].

Nous trouvons en France les premieres utilisations institutionnelles du terme "interculturel" dans des circulaires de l'Education nationale et les documents de la Conference generale de l'Unesco (1976). Il y designe la notion d'"ouverture de chaque culture a toutes les autres dans une perspective largement internationale", du "dialogue entre les cultures" [9, р. 24]. Des projets interculturels se realisent visant la formation des enseignants et des operateurs sociaux (educateurs specialises, assistants de service social, etc.) [18, р. 176].

Peu apres, il apparait dans des dictionnaires. Le grand Robert de la langue frangaise de 2001 situe son apparition entre 1970 et 1980 mais donne des exemples de 1980 et 1981: dialogue interculturel sur "France Culture" (le 17 mars 1980),

© Motrouk V. P., Koustiaev E. B., 2012et comparaisons interculturelles dans "La Recherche" (mai 1981). On le releve de meme dans Le Dictionnaire Hachette encyclopedique illustre de 1993 et dans son edition de 1994. Le Petit Larousse Grand Format en un volume donne les de­finitions sommaires des adjectifs l'interculturel ("contacts entre cultures"), multiculturel ("concerne plusieurs cultures"), transculturel ("relations entre cultures"). Le Dictionnaire critique de la communication (1993) introduit le champ double de la communication interpersonnelle et interculturelle.

En observant ce terme, on constate qu'il est forme du prefixe inter, emprunte au latin et signifiant entre, et du derive adjectival du nom culture. Le champ notionnel de l'interculturel est constitue des:

a) adjectifs: pluriculturel, multiculturel, transculturel;

b) substantifs: multiculturalite, interculturalite, interculturation;

c) denominations de doctrines et d'acteurs: multiculturalisme, interculturalistes, multiculturalistes, interculturalisme. L'enseignement de la langue etrangere dans l'optique interculturelle represente une piste didactique tres feconde et

prometteuse. Ce theme etait vivement discute dans les travaux des theoriciens et praticiens francais de la pedagogie des langues comme R. Galisson, L. Porcher, G. Zarate, Cl. Simard. Les dimensions interculturelles sont ensuite reprises par M. Abdallah-Pretceille, J.-R. Ladmiral, E.-M. Lipiansky, E. Roland-Gosselin, C. Camilleri, P. Denoux, d'autres. Les chercheurs montrent comment se constituaient une methodologie de l'interculturel, apportent des elements d'analyse necessaires a la comprehension des problemes de l'ecole confrontee aux defis de la diversite culturelle [13, р. 19].

En Ukraine, on apercoit, ces dernieres decennies, une grande croissance d'interet envers l'enseignement/apprentissage des langues etrangeres dans l'optique interculturelle [3], [8], [1], [4]. De l'avis des chercheurs, "acquerir la competence interculturelle est un objectif essentiel pour se definir comme personne bilingue" [7, р. 379]. Les developpements me-thodologiques sur la didactique de l'interculturel dans la classe de FLE sont pour le moment lacunaires. Une grande incer­titude regne sur les contenus memes d'enseignement: quoi enseigner, a partir de quels materiels, sur quelle progression, de quels outils d'analyse peut profiter l'apprenant pour une acquisition veritable, comment atteindre cette "symbiose entre enseignement/apprentissage culturel et langagier"? [12, р. 109]. Notre communication se propose de poser ainsi "une modeste brique" a la construction d'une competence interculturelle en FLE chez les apprenants ukrainiens.

Precisons d'abord les notions de langue et de culture et le rapport entre elles. La langue, faculte propre a l'homme d'exprimer et de communiquer des informations au moyen d'un systeme de signes vocaux et graphiques, fait partie integrante de l'identite sociale d'une personne et d'une collectivite. Elle est indissociable de la culture: c'est surtout au moyen de la langue qu'une culture se transmet, de generation en generation [6, р. 14]. La culture est un ensemble des traits distinctifs caracterisant le mode de vie d'une societe, tout ce qui fait l'identite d'une communaute particuliere. La langue et la culture representent deux realites interdependantes, chacune d'entre elles etant constamment presente au sein meme de l'autre. Par exemple, un bon apprentissage de la langue depend d'une bonne connaissance de la culture; de meme, une culture ne peut etre assimilee qu'en maitrisant la langue cible.

Mais remarquons qu'il y a culture et culture. Outre la culture de la communaute culturelle, culture collective, il y a la culture individuelle que l'individu se construit tout au long de son existence [12, р. 101]. Laquelle de ces cultures sera donc concernee quand un apprenant ukrainien se mettra a construire sa competence culturelle en FLE? C'est sans doute, les representations partagees par tous les membres de la communaute culturelle francaise, qu'il faudra accumuler. Et la competence culturelle ne sera visee que pour besoin de l'acquisition d'une competence langagiere [4, р. 101].

La culture francaise represente pour beaucoup d'etudiants ukrainiens, qui en ont une connaissance limitee, en quelque sorte un mystere, un mysterqu'ils doivent eclaircir. Nos observations revelent que certains d'entre eux se decouragent, se sentant d'avance incapables de pouvoir communiquer avec des natifs, quand ils en auront l'occasion. Il faut les encour-ager et leur expliquer que tout ne se fait pas dans l'isolement de la salle d'etude. C'est seulement quand ils seront places dans des interactions reelles, quand ils se frotteront a une gamme de situations ou ils auront a interpreter et a comprendre les comportements des natifs, que tout ce qu'ils ont appris en classe sera mis a l'epreuve.

Qu'est-ce qui, plus precisement, doit etre acquis? Ce n'est pas tant l'acquisition d'une culture somme qui importe, que la construction meme d'une competence culturelle. C'est tout ce qui touche au plus profond de l'Autre: son image de soi, ses valeurs, ses croyances; son sens du bien et du mal, de ce qui est bon et mauvais, sa definition meme de la realite ...

Les Francais partagent un nombre de codes et de conventions de comportement, un systeme de valeurs s'y rattachant. Ils forment le savoir-vivre, les bonnes manieres, ou encore l'etiquette: les obligations de chacun envers la hierarchie so-ciale, entre hommes et femmes, par exemple: on ne coupe pas la parole a son interlocuteur, on ne parle pas a voix haute dans une eglise ou dans un autre lieu public, on ne salue pas d'un grand geste de la main son superieur, on respecte une certaine distance entre soi et son interlocuteur lors de la conversation, etc.

L'acquisition des connaissances du plan socio-culturel permettra a l'apprenant de mieux apprehender la culture etran-gere, aidera a eviter des malentendus au cours des communications avec des natifs, par exemple, des malentendus lies a certains rituels frangais.

On sait qu'un des comportements ritualises des Francais, un des marqueurs de leur identite nationale est le rituel de la bise qui introduit meme une breve conversation dans la rue et qui la finit quand on se quitte. Si embrasser sur les deux joues un(e) ami(e) rencontre(e) est en France une chose tout a fait naturelle, elle peut provoquer quelquefois des hesita­tions ou meme de l'embarras chez un(e) Ukrainien (-ne) venu (e) pour la premiere fois en France. Un Ukraine, on fait d'habitude trois bises tandis qu'en France la norme est d'en faire deux, un sur chaque joue. Ayant l'habitude d'en faire trois ou meme quatre, on risque d'embrasser dans le vide si l'autre s'est deja retiree. Lorsque c'est le cas, comment doit-on se conduire? Le professeur vient en aide: on rit puis on peut recommencer par jeu, en precisant quelque chose comme "Moi, j'en fais quatreV. Il explique que les femmes se font plus souvent la bise entre elles que les hommes le font entre eux, sauf s'il s'agit d'un proche parent (pere, frere, cousin etc.) Quand les hommes s'embrassent, on parle plutot d'une "accolade" qui consiste a mettre ses bras autour du cou, tout en donnant quelques tapes dans le dos.

Les activites du developpement de la competence culturelle (en classe ou au moyen de l'auto-apprentissage) se feront a partir de documents authentiques culturellement marques, problematiques, encourageant leur demarche active, la miseen oeuvre de l'esprit critique des apprenants. Dans notre enseignement nous utilisons une serie de documents a caractere litteraire: des poemes de Verlaine, de Beaudelaire, d'Aragon, d'Eluard, de Rimbaud, de Reverdy, de Prevert, des proses de Godeau, des contes et nouvelles de Daudet, d'Helias, de Gauthier, de Diderot, des fables de La Fontaine, d'autres [15]. Comme chanson, on exploite la Marseillaise, des chansons populaires, des chansons engagees et des tubes de la jeunesse francaise [14]. Nous utilisons des articles de presse (Le Monde, La Liberation, les Echos ...), les fragments des livres et les articles de publiciste (p.ex. le livre "Indignez-vous" de Stephane Hessel) qui refletent des idees et des problemes d'une grande actualite pour la France et le monde. La video nous sert de support didactique precieux: il cree l'attitude positive des apprenants par rapport a la matiere a apprendre. Le net et les pages web fournissent l'occasion de faire entrer dans la classe l'actualite, a cote de la radio, de la television et de la presse.

La construction de la competence culturelle prend toujours la forme d'echange inevitable entre la culture maternelle de l'etudiant ukrainien et la culture cible. Par confrontation avec cette autre culture, il approfondit la connaissance de la sienne [6, р. 33]. Sa competence culturelle prend ainsi la forme d'une competence interculturelle. Le dialogue des cultures ouvrira vers la tolerance, le dialogue, la cooperation. Pour assurer le succes de cette demarche, il est indispensable de sen-sibiliser l'apprenant a ce qui lui est cache dans le naturel de son comportement communicatif, aux mots et structures qui deviennent quelquefois source de malentendus provoques par "la non-coincidence des fonds cognitifs des representants des communautes de langues et cultures differentes" [1, р. 19].

Des perturbations de communication peuvent se produire par la meconnaissance non pas des formules langagieres de francais, mais plutot du sens implicite des mots et des locutions. A la portee de tous les membres de la societe cible, les implicites demeurent caches pour le recepteur de la culture etrangere (ukrainienne), ils le rendent incapable de commu-niquer a part entiere. Leur maitrise permet a l'etranger de s'accoutumer petit a petit aux facons de s'exprimer des natifs. Il convient donc que nos etudiants comprennent la signification de tels mots que pompier, accro, accolade, balai, verlan, pourboire, buche de Noel, reveillon, etrennes, cheque-vacances, bibliobus, pousse-cafe. Qu'ils reconnaissent le sens cache des expressions du type faire des menages, systeme de guillotine, s'afficher, Quelle pie! Comme tu sens, A plus, Les cons!, etc. Qu'ils sachent choisir un equivalent francais du mot monosemique ukrainien, l'information que traduisent ces synonymes interlinguistiques ne comcidant qu'en partie. Par exemple, l'ukrainien a un seul mot designant la remunera­tion pour un travail - "zarplata" - et le francais en a plusieurs: solde, salaire, honorares, traitements, cachet, bourse, droits d'auteur, et c'est deja la pierre d'achoppement pour nos francophiles. Le sens et l'emploi de ces synonymes exige un eclaircissement du professeur.

Generalement, il analyse d'abord des elements culturels observables (p.ex., l'architecture, les vetements, les repas, les symboles). Il passe apres aux implicites culturels: du plus visible au moins visible: les gestes, la gestion de l'espace et du temps, les relations et les sentiments, les bases du statut social, etc.

Qu'on le veuille ou non, l'apprenant ukrainien procede souvent par reference a sa langue maternelle. Il transfere ses structures verbales et ses elements de culture sur la langue cible. Cela conduit a des interferences linguistiques et culturelles [2, р. 253]. L'elimination des interferences solidement ancrees dans leur culture maternelle serait une tache difficile pour lui seul. Le professeur le guidera alors pour exploiter et tirer profit de ces manifestations negatives, d'autant plus pernicieuses qu'il s'agit d'expressions courantes, en apparence simples et faciles d'emploi. Se distancier des modeles culturels de la langue maternelle, donc, de son propre ethnocentrisme, et de s'appuyer sur des modeles de communication admises dans la culture francaise, tel est le devoir d'apprentissage [16, р. 43].

Analysons, par exemple, des malentendus interculturels qui proviennent du non-partage des normes interactionnelles, des regles conversationnelles. On sait bien que les Francais aiment la conversation, mais a condition qu'elle reste de bon ton selon l'usage. Vouloir trop briller est mal considere par eux. A table, par exemple, on evite certains sujets de conversation comme la: la politique, la religion, la morale, les impots, le sexe propres a faire naitre des sujets de discorde trop violente et donc a peturber le plaisir d'etre ensemble.

Deux exemples des malentendus qui peuvent avoir lieu concernent l'expression verbale ( non verbale) du remerciement qui est la reponse a une action concrete, a une manifestation de l'attention. D'habitude, les Francais remercient verbalement: par merci, merci beaucoup, grand merci, mille fois merci, etc., mais tres souvent aussi de maniere non verbale: par un baiser ou simplement par un sourire. Ce n'est pas le cas dans la culture ukrainienne ou cette maniere du remerciement est peu acceptable, la condition stricte de cet acte est que le remerciement doit etre verbalise par diakouiou (merci). Quant a la reaction d'un locuteur ukrainien a un merci dit par son interlocuteur francais, il n'est pas rare qu'elle soit faussement verbalisee par l'expression s'il te (vous) plait ( traduction litterale du mot ukrainien prochou ou de l'expression bud' laska) ce qui est tout a fait incomprehensible pour lui. Dans ce cas, il est mieux de ne rien dire du tout ou, a la rigueur, sourire ou faire un geste.

Un autre eventuel malentendu concerne les formules d'adresse. En ukrainien, on s'adresse, en nommant le pre-nom et le patronyme d'un homme ou d'une femme: Petre Ivanovytcou, Svitlano Mykolawno. En francais, il suffit de dire: Monsieur Barou, Madame Crossman. Pour saluer, les Ukrainiens se contentent le plus souvent d'un simple "Do-bryden'!", et ils transferent cette formule courte en leur francais, en oubliant que, hors les circonstances de familiarite ou de camaraderie, il est d'usage de faire suivre la formule "bonjour" par Monsieur? Madame ou Mademoiselle, et, dans des circonstances plus officielles encore, d'un substantif designant le titre ou la profession de la personne a laquelle on s'adresse: Bonjour, Monsieur le President (Monsieur le directeur, Monsieur le cure, Monsieur le Ministre . ), sauf les cas ou l'on on salue un docteur en medecine (Bonjour, docteur!), un avocat ou un notaire (Bonjour,maitre!). Dans les cas des officiers, un Francais dira Bonjour, mon colonel! et une Francaise Bonjour, colonel!.

Le repas en France est un temps ou les qualites de savoir-vivre et de politesse de chaque individu sont largement tes-tees. Un malentendu peut provenir de l'habitude des Ukrainiens de souhaiter "Bon Appetit!" avant de debuter le repas. A notre connaissance, les Francais ne font pas ce souhait. Certains d'entre eux affirment meme que dire "Bon Appetit!" pourrait en fait signifier qu'il faudra du courage pour manger la nourriture offerte qui n'a pas l'air appetissante. La for-mule est un peu desuete mais encore assez souvent dite au contraire car elle marque le voeu que son hote soit le mieuxrassasie possible. La maniere de reagir au remerciement pour le repas dit par un (des) hote (s) a la maitresse de la maison differe aussi dans deux cultures. Si l'etiquette ukrainienne prevoit sa replique en reponse - "Na zdoroviaV, elle n'est pas d'usage dans la tradition culturelle francaise.

Non seulement les lexiques portent des empreintes specifiques d'une autre culture. Les porteurs de cette langue/cul-ture, ont, eux-aussi, leur caractere national, qu' il convient de prendre en consideration en se preparant aux interactions avec eux. La conscience interculturelle inclut, outre la conscience objective, la maniere subjective de voire une autre nation. Cette opinion sur les qualites et les defauts supposes des locuteurs etrangers que vehiculent parfois les appre-nants de cette langue/culture, dans la litterature est denommee par le terme "stereotype". Selon L. Porcher, c'est "... une representation partielle de la realite, simplificateur et reducteur. Il est aussi fixe: il change lentement et se transmet de generation en generation" [17, р. 64].

Dans le contexte de la communication interculturelle, il peut etre vu negativement ou positivement. Dans le premier cas, on lui attribue le sens de tout ce qui caracterise negativement l'Autre, il est alors synonyme de "prejuge". Vu posi-tivement, des stereotypes confluent dans l'education interculturelle l'apport d'informations non negligeable sur l'autre culture.

Des stereotypes sont suffisamment ancres dans les cultures nationales pour donner lieu a des proverbes, p.ex. etre saoul comme un Polonais en francais, comme un Irlandais en anglais, et a des soi-disant "anecdotes internationales" au sujet banal: les representants de differentes nationalites, s'etant trouves ensemble, dans la meme situation (p.ex.sur une ile), se conduisent differemment, en conformite des traits de caractere qui leur sont attribues.

Les didacticiens proposent d'utiliser les stereotypes comme point de depart d'un apprentissage [17, р. 64]. Une fois que l'enseignant aura mis en evidence leur mode de circulation et de transformation, il s'agira de les opposer et de les comparer entre eux, pour mieux les relativiser.

A en croire a Pierre Daninos, les Francais sont persuades que leur pays "ne veut pas de mal a personne", ils ne voient la France autrement qu'"un rameau d'olivier en main", tandis que les autres nations leur font des miseres. Alors, pour se venger, ils lewi "collent des etiquettes a leur peau": "les Anglais sont meprisants, les Americains dominateurs, les Al-lemands sadiques, les Italiens insaisissables, les Russes impenetrables . ".

Les images de la France dans le monde sont liees a la perception des comportements individuels ou collectifs des Francais, mais et ces representations des qualites et des defauts supposes sont souvent contradictoires. Pour Machiavel "les Frangais sont a la fois fort prodigues et leur bien est celui des autres". L'ecrivain et journaliste allemand Friedrich Sieburg ne se range pas a cet avis: "Epargner est instinctivement dans le sang de tout Frangais, au meme titre que le sentiment de la duree nationale". S.de Madariaga, homme d'Etat espagnol, attribue aux Francais la qualite de prevoyance qui est "... l'ame meme de l'espritfrangais". L'ecrivain allemand Th.Fontane voit dans l'ame des Francais "un fonds inepuisable de bonhomie, d'esprit libre et de belle humeur".

Les poncifs sur les Francais vehicules par les Americains sont, de regle generale, devalorisants. Pour eux les Fran-cais sont "arrogants, fumeurs, impenitents, vendeurs de parfums scandaleusement chers, hypersexuels, satisfaits d'eux-memes, etc. Ils sont egalement tres, tres anti Americains. Et les Americains le leur rendent bien! " [19]. Les Anglo-Saxons et les Allemands les regardent aussi de travers. Par exemple, ils s'irritent de voir un Francais elever la voix, de gesticuler, lorsque le sujet de la conversation l'interesse. Ce que le Francais percoit chez un autre Francais comme une participation active a la conversation, un Anglais (uo Allemand) le ressent comme une agression, une tentative d'imposer un point de vue dont on voit qu'il est tout a fait faux.

Et nos compatriotes les Ukrainiens, vehiculent-ils les poncifs sur les Francais ? Nous avons pose cette question a nos etudiants et aux gens qui ont voyage en France. Il s'avere que lors de leur premier sejour en France et les premiers contacts avec des Francais, ils etaient un peu etonnes de certain es de leurs habitudes et comportements. Ils ne comprenaient pas pourquoi on se dit sans cesse "merci", meme entre membres de famille; pourquoi ces nombreuses bises; pourquoi on se parle en haussant les epaules, en faisant tant de gestes et de grimaces; pourquoi on trempe les tartines dans le cafe, pour-quoi on dit: "Il faudrait qu'on se revoit (qu'on mange) ensemble ...", puis qu'on ne se appelle jamais, etc., etc. Par contre, ce qui leur a plu chez les Francais, c'est leur hospitalite et leur generosite, l'ouverture d'esprit, l'attachement aux grands principes, l'optimisme et la jovialite, le caractere sociable et la courtoisie voire la (galanterie).

Les poncifs sur les Francais, s'ils sont vehicules en Ukraine, sont generalement valorisants et concernent tels atouts que la richissime tradition culturelle, la solidarite et l'amour de la liberte, la galanterie. Mais il y a aussi ceux qui leur reprochent d'avoir pretention a l'universalisme: un Francais persiste a se croire le centre du monde, il a un complexe de superiorite.

Comment "hitter" contre les images stereotypees, comment sensibiliser a la tolerance? Le professeur expliquera qu'un jugement resultant de prejuges nationaux est souvent injuste. Il cite de nouveau Pierre Daninos qui ecrivait: "Le Frangais? Un etre qui est avant tout le contraire de ce que vous croyez". Il met en evidence une chose: avant de porter un jugement critique sur les attitudes d'un autre peuple, il faut d'abord comprendre le pourquoi des habitudes et des comportements de cette population. Il faut aussi prendre conscience des differences d'attitudes et des valeurs qui existent dans sa propre societe, apres quoi on peut parler des raisons de leurs differences.

Des exercices actifs, des jeux de role et des debats peuvent etre proposes a la classe. Ils aideront a depister les ste­reotypes, a les relativiser, a les deconstruire. Ils feront reflechir les apprenants sur l'identite nationale, sur les differences culturelles, ils sensibiliseront a la tolerance envers des autres peuples. Ainsi nous paraissent utiles des activites decrites telles ci-dessous:

Exercice 1. "Si la France etait une image". Mettez en evidence l'image que vous vous faites de la France en creant une affiche portant ce titre.

Exercice 2. "Si la France etait un mot". Designez-la par un mot-symbol (p.ex. le croissant, la baguette, les parfums, la mode,etc.).

Exercice 3. "Si la France etait un animal ou un oiseau". Lequel d'entre eux symboliserait pour vous la France, ou endirait le mieux long sur son caractere national?

Exercice 4. Partagez-vous ou opposez-vous a cette pensee de Montesquieu "Le caractere naturel du Frangais est compose des qualites du singe et du chien couchant" (le livre "Mes pensees" )?

Exercice 5. Reflechissez au contenu de propos de Paul Valery "Il n'est pas de nation plus ouverte, ni sans doute de plus mysterieuse que la frangaise, point de nation plus aisee a observer et a croire connaitre du premier coup" ("La na­tion francaise"). En quoi consiste, selon vous, cette ouverture d'esprit et de coeur et ce mystere des Francais?

Exercice 6. Dans la liste des adjectifs suivants, quels sont ceux qui correspondent le mieux aux habitants de votre pays? Triste, gai, jovial, amusant, discret, timide, inventif, poli, organise, travailleur, ponctuel, severe, desinvolte, ar­rogant, bavard, chauvin, individualiste, sociable, raleur, sexiste, libertinen, coquet, accueillant. Quels sont ceux qui cor­respondent le mieux a votre representation des Francais?

Conclusion. Tout au long de nos suggestions, nous avons essaye de montrer des possibilites de la construction de la competence interculturelle chez les apprenants en FLE ukrainiens. De notre avis, l'important pour le professeur est de ne pas leur fournir un stock de connaissances et de descriptions "toutes faites" qu'ils doivent memoriser. Une acquisition veritable aura lieu quand il saura creer un tel environnement ou nos etudiants apprendront la langue francaise en devel-oppant des strategies d'observation et d'interpretation interculturelles pour comprendre le sens des comportements de membres de la communaute francaise, notamment ceux qui sont susceptibles de leur poser probleme, de provoquer chez eux un certain choc culturel.

Litterature:

1.Врабель Т. Т. Міжкультурна комунікація : структурно-змістовий та проблемний аналіз // Проблеми романо-германської філології. Збірник наукових праць ЗакДУ - Ужгород : Ліра, 2010. - С. 16-20.

2.Дешериева Ю. Ю. Проблемы лингвистической интерференции в современном языкознании // Теоретические проблемы социальной лингвистикию - М. : Наука, 1981. - С. 240-255.

3.М'язова Ірина Юріївна. Міжкультурна комунікація : зміст, сутність та особливості прояву (соціально-філо­софський аналіз). : Дис. канд. наук : 09.00.03 - 2008. - 16 с.

4.Першукова О. М. Сприяючи міжкультурному вихованню // Іноземні мови в навчальних закладах. Науково-методичний журнал. - 2001. - № 1. - С. 96-105.

5.Рудик І. М. Культурна специфіка невербального коду в міжкультурній комунікації [Електронний ресурс] - Ре­жим доступу: studentam.net.ua/content/view/8660/97/.

6.Тер-Минасова С. Г. Язык и межкультурная коммуникация : Учебное пособие. - М. : Слово, 2000. - 624 с.

7.Торосян О. М. Міжкультурна компетенція особистості як складник комунікативної ситуації (дискурсу) // На­уковий вісник Волинського національного університету імені Лесі Українки. - Луцьк, 2010. - С. 378-381.

8.Шавкун І. Г. Міжкультурна комунікація як складова менеджмент-освіти // Культорологічний вісник : Науково-теоретичний щорічник Нижньої Наддніпрянщини. - Вип. 23. - Запоріжжя, 2009. - С. 115-118.

9.Clanet J. L'interculturel : Introduction aux approches interculturelles en Education et en Sciences Humaines. -Toulouse : Presses universitaires du Mirail, 1990. - 245 p.

 

10.Conseil de l'Europe, Conseil de la Cooperation Culturelle, Comite de l'Education. Les Langues vivantes : apprendre, enseigner, evaluer : un Cadre europeen commun de reference. - Strasbourg : Conseil de l'Europe. 1996.

11.Demorgon J. Exploration interculturelle. Pour une pedagogie internationale. - P. : Armand Colin, 1989. - 328 p.

12.Holec H. L'acquisition de competence culturelle. Quoi? Pourquoi? Comment? // Etudes de linguistique appliquee. - 1988, № 69. - P. 101-110.

13.Ladmiral J. M., Lipiansky E. M. La Communication interculturelle. - Paris : Colin, 1989. - 317 p.

Страницы:
1  2  3  4  5  6  7  8  9  10  11  12  13  14  15  16  17  18  19  20  21  22  23  24  25  26  27  28  29  30  31  32  33  34  35  36  37  38  39  40  41  42  43  44  45  46  47  48  49  50  51  52  53  54  55  56  57  58  59  60  61  62  63  64  65  66  67 


Похожие статьи

Т Р Ананко - Актуальні проблеми сучасного перекладознавства